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Au premier semestre 2019, Santé publique France publiera les résultats d’une grande enquête sur la santé et les risques professionnels des travailleurs indépendants. Si les données sur leur situation restent pour l’heure hétérogènes et insuffisantes, une étude auprès de 1 300 indépendants "Entreprendre est-il bon pour la santé ?" confirme ce que montrait déjà une précédente enquête en 2013 : 96 % des agriculteurs, des artisans, des commerçants et des chefs d’entreprise se déclaraient alors être en très bonne, bonne ou assez bonne santé (source : L'état de santé de la population en France, rapport 2017 de la Drees).

Bonne santé des indépendants : mythe ou réalité ?

Cette perception positive reflète-t-elle la réalité ? Le fait est que les entrepreneurs consomment globalement moins de soins que les salariés et sont moins souvent en arrêt de travail. Mais est-ce parce qu’ils sont en meilleure santé ou parce qu’ils renoncent, consciemment ou non, à se soigner ? Pour le savoir, des chercheurs ont comparé les données sur les affections de longue durée (ALD) des travailleurs affiliés au régime social des indépendants (RSI) à celles des salariés (régime général). Ils ont étudié les 30 affections ouvrant droit à l’exonération du ticket modérateur et ont constaté que les professions indépendantes souffrent davantage d’affections chroniques graves que les salariés. La différence est particulièrement marquée (+ 30 %) pour les affections cardiovasculaires. « Les conditions de prise en charge et de remboursement des soins étant alignées depuis plusieurs années sur celles des salariés, force est de reconnaître que, pour plusieurs affections, ce sont les conditions de vie et de travail et la négligence des facteurs de risques cardio-vasculaires qui semblent être à l’origine de cet écart en défaveur des indépendants », concluent les auteurs.

A la demande de feu le RSI, une autre étude a été réalisée par l’Inserm sur le stress d’origine professionnelle chez les agriculteurs, les artisans, les commerçants et les chefs d’entreprise, ainsi que sur ses répercussions sur la santé. Un groupe pluridisciplinaire d’experts s’est basé sur quelque 1 500 articles scientifiques. S’il a constaté une espérance de vie à 35 ans légèrement supérieure à la moyenne française, chez les hommes et les femmes, cet avantage doit être relativisé. La fréquence des décès par accident est en effet plus élevée chez ces indépendants, en particulier dans l’agriculture, le commerce de détail et les transports.

Des risques qui diffèrent selon les secteurs d'activité et les métiers

Cette étude montre aussi, sur la base des données du RSI, que les problèmes de santé et les maladies professionnelles diffèrent selon les métiers mais qu'ils sont similaires à ceux des salariés travaillant dans les mêmes secteurs d'activité. Mêmes causes mêmes méfaits ! Ainsi, les professionnels des transports, de l’alimentation et de la restauration, et ceux de la construction souffrent plus d’ALD que les indépendants d’autres secteurs.

Troubles musculo-squelettiques, maladies ostéo-articulaires et traumatismes chez les artisans

Les maladies ostéo-articulaires représentent un tiers des causes d’invalidité chez les artisans (contre un quart chez les commerçants) et sont particulièrement présentes chez les artisans du bâtiment et des travaux publics mais aussi chez les menuisiers et les coiffeurs qui reproduisent les mêmes gestes à longueur de journée. Les traumatismes sont aussi plus fréquents chez les artisans (11 % des causes d'invalidité) que chez les commerçants. 

Insuffisance respiratoire chez les professionnels exposés

L’insuffisance respiratoire domine chez les prothésistes dentaires, les boulangers et les pâtissiers, les barmen et débitants de tabac, les taxis et les ambulanciers, ou encore les cordonniers. Tous en effet travaillent dans des atmosphères chargées d’émanations toxiques, qu’il s’agisse de résine, de farine, de tabac ou de gaz d’échappement.

Diabète, maladies cardiovasculaires et maladies graves du foie dans les métiers de bouche et/ou aux horaires décalés

Le diabète est particulièrement présent dans les métiers de l’artisanat et du commerce alimentaire, de la restauration, des débits de boisson et de tabac, et du transport de personnes. Les maladies cardiovasculaires chez les boulangers, les pâtissiers, les taxis et les ambulanciers ; les maladies graves du foie chez les barmen, les débitants de tabac, les restaurateurs, les traiteurs et… les cordonniers. Ces derniers paient un lourd tribut à leur travail puisqu’ils souffrent aussi plus fréquemment de troubles mentaux, de même que les teinturiers, les ébénistes et les fabricants de meubles.

Troubles psychiatriques et conduites addictives pour des professionnels stressés ou en souffrance

D’une manière générale, les commerçants souffrent davantage de troubles psychiatriques (15 % des causes d’invalidité) que les artisans (10 %), ce qui rejoint l'idée que les travailleurs manuels sont davantage atteints de problèmes physiques et les autres de troubles psychiques. Toutefois, les agriculteurs et tous les travailleurs du secteur primaire cumulent les maux de dos, de tête et autres souffrances. Les travailleurs indépendants sont aussi plus souvent atteints de burnout que les actifs salariés, particulièrement les médecins, les infirmières et autres soignants. Cet épuisement physique et psychique provient principalement de leur charge de travail élevée et de la difficulté à séparer vies professionnelle et privée. On retrouve également plus de conduites addictives chez les non salariés avec une plus grande consommation de médicaments contre la dépendance aux opiacés chez les commerçants ambulants et une plus forte dépendance à l'alcool chez les hôteliers et les restaurateurs. Quant à la prise d’anxiolytiques et d’antidépresseurs, elle est plus importante dans les professions comptables, juridiques, financières, informatiques et d’ingénierie, ainsi que dans le commerce de détail de l’habillement.

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