Dispofi : quels conseils donneriez-vous à une personne qui cherche une bonne complémentaire ?

Xavier Toulon : Tout d’abord, pour bien choisir, il faut comprendre les garanties. Et il faut bien avouer que, en matière d’assurance santé, la chose n’est pas très évidente. Tarif de convention, base de remboursement, 100%, 200%, 100% plus forfait,…Il est vraiment difficile pour le consommateur de comprendre ce qu’il achète. Il faut donc privilégier les opérateurs qui font un effort de transparence et de clarté en donnant un maximum d’exemples en euros, en expliquant bien les dépenses de santé qui peuvent laisser un important reste à charge.
Trop souvent, les arguments marketing de court terme du type « 2 mois gratuits » sont privilégiés au détriment des conseils pour être sûr d’être bien couvert en cas de vrais « pépins de santé ».


Dispofi : à quels types de dépenses faut-il prêter une attention particulière ?

Xavier Toulon : il faut choisir sa complémentaire santé comme on choisit les autres contrats d’assurance en se disant : « que peut-il m’arriver de grave ? Quelle situation aurais-je du mal à assumer financièrement seul ? ». Et la réponse est alors assez simple : il faut privilégier les garanties qui couvrent les dépenses en cas de maladies avec un certain caractère de gravité.
Les séjours à l’hôpital, les honoraires de spécialistes peuvent coûter des sommes très importantes aux malades, même après les remboursements de la sécurité sociale et d’une complémentaire santé mal adaptée.
En réalité, beaucoup de gens sont mal couverts pour ce type de dépenses et peuvent donc être confrontés à des soucis financiers alors que, atteint d’une maladie grave, ils n’ont pas besoin de ce type de tracas.

Dispofi : Pour beaucoup de gens, les dépenses hospitalières ne coûtent rien aux malades ?

Xavier Toulon : C’est effectivement une idée assez largement répandue. Elle est pourtant, dans une large mesure, parfaitement fausse. Tout d’abord, toutes les hospitalisations ne sont pas prises en charge à 100% par la sécurité sociale, certaines ne le sont qu’à 80% et il faut savoir que certaines dépenses ne sont pas remboursées du tout pas l’assurance maladie, comme le forfait journalier.
Par ailleurs, pour de bonnes ou mauvaises raisons (ce n’est pas ici le propos), les dépassements d’honoraires des chirurgiens et des anesthésistes sont de plus en plus fréquents et élevés. Ils ne sont jamais remboursés par la sécu.

Dispofi : Mais les maladies les plus graves sont prises en charge à 100%. Donc, les complémentaires santé sont ici inutiles ?


Xavier Toulon : Il s’agit là d’une erreur de compréhension courante qui peut mettre les gens dans des situations dramatiques. Nous parlons ici des affections de longue durée (ALD), c’est à dire, par exemple, de cancers, maladies cardiaques graves,… Et il est vrai que ces pathologies sont, comme on le dit fréquemment, prises en charge à 100%.
Mais il est très important de savoir ici deux choses :

  • - les soins sont pris en charge à 100%...des tarifs de la Sécu. C’est à dire que les dépassements ne sont pas pris en compte. Or, ces maladies exigent des soins avec des dépassements très onéreux (chirurgie, spécialistes en médecine de ville,…).
  • - Ne sont pris à charge à 100% des tarifs Sécu que les soins concernant la maladie en question. Les autres sont remboursés aux taux normaux. Or, pour une personne très malades, les maladies plus courantes font souvent l’objet de soins plus lourds, donc plus coûteux qu’habituellement.

Toutes les études, publiques comme privées, montrent que les reste à charge les plus conséquents touchent les malades dits, à tort, « à 100% »

Dispofi : Pourtant, la majorité des gens pensent plus aux lunettes qu’à ce type de situations quand ils choisissent leur complémentaire santé

Xavier Toulon : Tout à fait, et c’est un vrai problème. Trop de gens se préoccupent essentiellement de pouvoir s’acheter des lunettes tous les ans (ce qui devient une préoccupation de mode et non de santé) et découvrent qu’ils sont, en réalité, mal couverts en cas de problème de santé grave. En général, ils s’en rendent compte trop tard. Quand ils sont déjà malades.